Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, né le 8 juillet 1921 à Paris, est un sociologue et philosophe français.
Penseur de la complexité, il définit sa façon de penser comme « co-constructiviste »1 en précisant : « c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité
Edgard Nahoum nait à Paris en 1921. Ses parents sont des Juifs originaires de Salonique de lointaine ascendance italienne2. Il grandit dans un environnement non pratiquant, sa famille étant « moderne et laïcisée depuis trois générations »2. Fils unique, il perd sa mère à dix ans, son père est commerçant.
En 1936, pendant la guerre d'Espagne, son premier acte politique est d’intégrer une organisation libertaire, « Solidarité internationale antifasciste », pour préparer des colis à destination de l’Espagne républicaine3,4. En 1938, il rejoint les rangs du Parti frontiste, petite formation de la gauche pacifiste et antifasciste. Il obtient une licence en histoire et géographie et une licence en droit (1942), et entre alors dans la Résistance communiste, en 1942, au sein des « forces unies de la jeunesse patriotique ». Il intègre ensuite le mouvement de Michel Cailliau, le MRPGD (Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés). En 1943, il est commandant dans les Forces françaises combattantes et est homologué comme lieutenant5. Son mouvement fusionne avec celui de François Mitterrand, il devient le MNPGD (Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés). Il adopte alors le pseudonyme de Morin, qu’il garde par la suite. Il devient attaché à l'état-major de la 1re Armée française en Allemagne (1945), puis chef du bureau « Propagande » au Gouvernement militaire français (1946). À la Libération, il écrit L’An zéro de l’Allemagne où il dresse un état des lieux de l'Allemagne, insistant sur l'état mental du peuple vaincu, en état de "somnambulisme", en proie à la faim et aux rumeurs. Ce livre arrive au moment du tournant communiste, où après la stigmatisation de la culpabilité allemande, Staline déclare qu'Hitler passe et que le peuple allemand reste. Maurice Thorez l'invite à écrire dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises. Membre du Parti communiste français depuis 1941, il s'en éloigne à partir de 1949 et en est exclu en 1951, pour avoir écrit un article dans le journal France Observateur. "Ce fut comme un chagrin d'enfant, énorme et très court", dira-t-il.
Avec l'appui de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre en 1950 au CNRS et fait partie du Centre d'études sociologiques dirigé par Georges Friedmann.
En 1955, il est l'un des quatre animateurs du Comité contre la guerre d'Algérie. Il défend, en particulier, Messali Hadj. Contrairement à Jean-Paul Sartre, André Breton, Guy Debord ou encore ses amis Marguerite Duras et Dionys Mascolo, il ne signe pas la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dite « Manifeste des 121 », publiée en septembre 1960 dans le journal Vérité-Liberté. Comme il pense que l'urgence est d'éviter l'installation de dictatures en France et en Algérie, il lance avec Claude Lefort, Maurice Merleau-Ponty et Roland Barthes un appel pour l'urgence de négociations.
En 1965, il conduit une étude transdisciplinaire, au sein d'une vaste recherche de la DGRST, mobilisant de multiples disciplines, sur une commune en Bretagne, publiée sous le nom de La Métamorphose de Plodémet (1967), sur la commune de Plozévet (Finistère) où il séjourne près d'un an. Ce fut un des premiers essais d’ethnologie dans la société française contemporaine.
Il s'intéresse très vite aux pratiques culturelles, qui sont encore émergentes et mal considérées par les intellectuels : L'Esprit du temps (1960), La Rumeur d'Orléans (1969). Il cofonde la revue Arguments en 1956. Il dirige le CECMAS (Centre d'études des communications de masse) de 1973 à 1989, qui publie des recherches sur la télévision, la chanson dans la revue Communications.
Durant les années 1960, il part près de deux ans en Amérique latine où il enseigne à la Faculté latino-américaine des Sciences sociales de Santiago du Chili. En 1969, il est invité à l'Institut Salk de San Diego. Il y retrouve Jacques Monod, l'auteur du Hasard et la Nécessité et conçoit les fondements de la pensée complexe et de ce qui deviendra sa Méthode.
Aujourd'hui directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen et en Amérique latine, et jusqu'en Chine, Corée, Japon. Il a créé et préside l’Association pour la pensée complexe (APC).
Morin a écrit plusieurs ouvrages revenant sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens en 1989, Itinérance en 2006 et Mon chemin en 2008.
Depuis 2012, il est marié à la sociologue Sabah Abouessalam6, avec qui il a rédigé le livre L'homme est faible devant la femme (Presses de la Renaissance, 2013).
Prises de position
Morin se déclare agnostique, se qualifiant «d’incroyant radical »7
Edgar Morin est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non-violence. Il apprécie, à cet égard, le bouddhisme qui est une religion sans dieu.
Il s'intéresse de plus en plus au processus de la mondialisation où « le vaisseau spatial terre est propulsé par trois moteurs couplés science/technique/économie, mais est dépourvu de pilote, ce qui prépare deux avenirs antagonistes, l'un de catastrophes (dégradation de la biosphère, multiplication des armes nucléaires, économie soumise à la spéculation financière, crise des civilisations traditionnelles et crise de la civilisation occidentale, multiplication des conflits et des fanatismes), l'autre de « transhumanisme » permettant de retarder la mort sans vieillir et de confier aux robots toutes les tâches ennuyeuses et pénibles. Mais cette dernière perspective d'homme augmenté, purement quantitative, ignore la nécessité d'un énorme progrès moral et intellectuel pour éviter les catastrophes et ne pas soumettre l'humanité à une algorithmisation qui la robotiserait »8.
Il participe à la création en mars 2012 du Collectif Roosevelt 2012 avec l'aide de Stéphane Hessel, Michel Rocard et de nombreux intellectuels et personnalités publiques de la société civile et politique. Ce collectif présente 15 propositions pour éviter un effondrement économique, élaborer une nouvelle société, lutter contre le chômage endémique et créer une Europe démocratique9.
En 2012, il soutient publiquement le chef Raoni dans son combat contre le barrage de Belo Monte. Il participe avec ce dernier et de nombreux autres intellectuels, juristes et politiques au lancement d'un Tribunal moral pour les crimes contre la nature et le futur de l'humanité10 lors de la Conférence « Rio+20 ».
Un documentaire lui est consacré en 2015, intitulé Edgar Morin, chronique d'un regard, coréalisé par Olivier Bohler et Céline Gailleurd.
Le 7 avril 2015, le nom d'Edgar Morin est donné au lycée d'excellence de Douai qui devient ainsi le lycée d'excellence Edgar-Morin.
Le 2 juillet 2015, il fait partie des premiers signataires, avec d'autres personnalités, d'une pétition demandant que la France accueille Edward Snowden et Julian Assange, à la suite de la lettre ouverte de ce dernier au président de la République François Hollande.
Prenant position sur le conflit israélo-palestinien, il considère que « les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. [...] On a peine à imaginer qu'une nation de fugitifs, issue du peuple le plus persécuté de l'histoire de l'humanité […] soit capable de se transformer, en deux générations [...] à l'exception d'une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Le sociologue réfute toute recrudescence de l’antisémitisme, et selon lui, « ce terme est brandi pour fournir à Israël des justifications à sa politique »11.
Œuvre
« La pensée est le capital le plus précieux pour l'individu et la société. »12
La pensée qui relie
Edgar Morin utilise le terme de reliance pour indiquer le besoin de relier ce qui a été séparé, disjoint, morcelé, détaillé, compartimenté, classé, trié... en disciplines, écoles de pensée, etc.
Il aime aussi envisager les choses dans une combinaison de confrontation, complémentarité, concurrence, coopération, les quatre en étroite synergie dynamique.
Il prône l'attitude d'ouverture. Il aime à dire qu'il est animé par un certain "esprit de la vallée", en référence au Tao. L'esprit de la vallée recueille les "eaux" qui viennent de différents versants.
Il a avancé sept principes guides pour une pensée qui relie, principes qui sont complémentaires et interdépendants13.
Le principe systémique ou organisationnel. L'idée systémique est à l'opposé de l'idée réductionniste car « le tout est plus que la somme des parties ». Les émergences, qualités ou propriétés nouvelles apparaissent dans l'organisation d'un nouveau produit que les composants ne possédaient pas. « Le tout est moins que la somme des parties » également car certaines qualités des composants sont inhibées par l'organisation de l'ensemble.
Le principe hologrammatique. Chaque cellule est une partie d'un tout — l'organisme global —, mais le tout est lui-même dans la partie : la totalité du patrimoine génétique est présente dans chaque cellule individuelle ; la société est présente dans chaque individu-citoyen, en tant que tout, à travers son langage, sa culture, ses normes...
Le principe de boucle rétroactive. « L'effet agit sur la cause » referme le processus de causalité de linéarité ouverte « la cause agit sur l'effet ». Comme dans un système autonome de chauffage où le thermostat régule le fonctionnement. Comme l'homéostasie des organismes vivants.
Le principe de boucle récursive. C'est une boucle génératrice dans laquelle les produits et les effets sont eux-mêmes producteurs et causateurs de ce qui les produit. Chaque être vivant est produit et producteur dans le système de reproduction. Les individus produisent la société dans et par leurs interactions, et la société, en tant que tout émergeant, produit l'humanité des individus en leur apportant le langage et la culture14.
Le principe d'autonomie / dépendance (auto-éco-organisation).Les [choses] vivantes sont des [systèmes] auto-organisateurs qui sans cesse s'auto-produisent et par là-même dépensent de l'énergie pour entretenir leur autonomie et doivent donc puiser de l'énergie dans leur milieu, dont elles dépendent pour être autonomes.
Le principe dialogique. [Ce principe] unit deux notions devant s'exclure l'une l'autre, mais qui sont indissociables en une même réalité. La dialogique « ordre / désordre / organisation » dès la naissance de l'Univers. Les particules physiques comme une dialogique (onde et corpuscule). La dialogique (individu / société / espèce) présente en chaque être humain.
Le principe de réintroduction du connaissant dans toute connaissance. [Tout objet-machine, tout objet-processus inventés contient du « sujet » qui les a conçus]. De la perception à la théorie scientifique, toute connaissance est une reconstruction / traduction pour un esprit / cerveau dans une culture et un temps donnés.
« L'humanisme ne saurait plus être porteur de l'orgueilleuse volonté de dominer l'Univers. Il devient essentiellement celui de la solidarité entre humains, laquelle implique une relation ombilicale avec la nature et le cosmos. »
La pensée complexe
Article détaillé : Pensée complexe.
Edgar Morin confesse avoir trouvé ce mot dans la définition de la complexité issue de l'œuvre de W. Ross Ashby
Ce concept, dont la première formulation se trouve dans le livre Science avec conscience (1982)16, exprime une forme de pensée acceptant les imbrications de chaque domaine de la pensée et la transdisciplinarité. Le terme de complexité est pris au sens de son étymologie « complexus » qui signifie « ce qui est tissé ensemble » dans un enchevêtrement d'entrelacements (plexus).
Le Paradigme perdu
En septembre 1972, au Centre International d'études bioanthropologiques et d'anthropologie fondamentale (CIEBAF) devenu ensuite le Centre Royaumont pour une science de l'homme, Edgar Morin co-organise le colloque international "L'Unité de l'Homme", avec Jacques Monod et Massimo Piatelli-Palmarini. Sa communication, "Le Paradigme perdu : la nature humaine", transformée et enrichie, deviendra un livre qui paraitra l'année suivante. Il y est dit que nature et culture sont indissociables l'une de l'autre, chacune produisant l'autre dans une boucle récursive permanente. Ont été réunis des biologistes, anthropologues, sociologues, mathématiciens, cybernéticiens afin de faire se rapprocher (reliance) les points de vue, les oppositions et les options fondamentales des spécialités et de leurs épistémologies. Un ouvrage en trois tomes réunit les contributions des participants au colloque17 :
T1 : Le primate et l'homme,
T2 : Le cerveau humain,
T3 : Pour une anthropologie fondamentale.
La Méthode
La Méthode est l'œuvre majeure d'Edgar Morin. Comprenant six volumes au total (qui peuvent être lus dans le désordre), on pourrait la qualifier d'encyclopédie (qui met en cycle les savoirs) : la méthode y est déroulée de façon cyclique, pour ne pas dire répétitive, s'appliquant à de nombreuses notions dont certaines sont reprises ci-après.
Le premier tome, intitulé La Nature de la nature, où sont traités les concepts d'ordre et de désordre, de système, d'information, etc. du monde physique.
Le second, intitulé La Vie de la vie, aborde le vivant, la biologie.
Le troisième et le quatrième tomes pourraient être regroupés en un seul puisqu'ils abordent le thème de la connaissance.
Le troisième est intitulé La Connaissance de la connaissance. Il aborde la connaissance du point de vue anthropologique. Il y ouvre le chantier de l'épistémologie complexe.
Le quatrième tome de La Méthode, Les Idées, d'après les mots d'Edgar Morin, « pourrait aussi en être le premier ». En effet, « il constitue l'introduction la plus aisée à « la connaissance de la connaissance » et de façon inséparable au problème et à la nécessité d'une pensée complexe ». Il complète l'œuvre épistémologique du troisième tome en abordant la connaissance du point de vue collectif ou sociétal (« l'organisation des idées »), puis au niveau de la « vie des idées », qu'il appelle la noologie. Il traite en particulier dans un dernier chapitre des notions philosophiques de langage, de logique et de paradigme, auxquelles il applique sa méthode.
Dans une note de lecture18, Jean-Louis Le Moigne souligne l'importance du dernier chapitre de ce tome 4 qu'Edgar Morin consacre à « la Paradigmatologie » : « encore un néologisme nouveau, dira-t-on ? Sans doute, mais il me semble si fécond pour nous permettre d'entendre la richesse de l'univers pensable sans commencer par l'appauvrir en la simplifiant ». Jean-Louis Le Moigne cite pour conclure Edgar Morin : « Nous en sommes au préliminaire dans la constitution d'un paradigme de complexité lui-même nécessaire à la constitution d'une paradigmatologie. Il s'agit non de la tâche individuelle d'un penseur mais de l'œuvre historique d'une convergence de pensées. » Selon les mots de Morin, la paradigmatologie est « le niveau qui contrôle tous les discours qui se font sous son emprise et qui oblige les discours à obéir ».
Le cinquième tome (L'Humanité de l'humanité, L'Identité humaine) est consacré à la question de la trinité humaine : Individu - Société - Espèce.
La Méthode se termine par un sixième tome intitulé L'Éthique, qui envisage les incertitudes et les contradictions éthiques et prône une éthique de la compréhension.
Penseur de la complexité, il définit sa façon de penser comme « co-constructiviste »1 en précisant : « c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité
Edgard Nahoum nait à Paris en 1921. Ses parents sont des Juifs originaires de Salonique de lointaine ascendance italienne2. Il grandit dans un environnement non pratiquant, sa famille étant « moderne et laïcisée depuis trois générations »2. Fils unique, il perd sa mère à dix ans, son père est commerçant.
En 1936, pendant la guerre d'Espagne, son premier acte politique est d’intégrer une organisation libertaire, « Solidarité internationale antifasciste », pour préparer des colis à destination de l’Espagne républicaine3,4. En 1938, il rejoint les rangs du Parti frontiste, petite formation de la gauche pacifiste et antifasciste. Il obtient une licence en histoire et géographie et une licence en droit (1942), et entre alors dans la Résistance communiste, en 1942, au sein des « forces unies de la jeunesse patriotique ». Il intègre ensuite le mouvement de Michel Cailliau, le MRPGD (Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés). En 1943, il est commandant dans les Forces françaises combattantes et est homologué comme lieutenant5. Son mouvement fusionne avec celui de François Mitterrand, il devient le MNPGD (Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés). Il adopte alors le pseudonyme de Morin, qu’il garde par la suite. Il devient attaché à l'état-major de la 1re Armée française en Allemagne (1945), puis chef du bureau « Propagande » au Gouvernement militaire français (1946). À la Libération, il écrit L’An zéro de l’Allemagne où il dresse un état des lieux de l'Allemagne, insistant sur l'état mental du peuple vaincu, en état de "somnambulisme", en proie à la faim et aux rumeurs. Ce livre arrive au moment du tournant communiste, où après la stigmatisation de la culpabilité allemande, Staline déclare qu'Hitler passe et que le peuple allemand reste. Maurice Thorez l'invite à écrire dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises. Membre du Parti communiste français depuis 1941, il s'en éloigne à partir de 1949 et en est exclu en 1951, pour avoir écrit un article dans le journal France Observateur. "Ce fut comme un chagrin d'enfant, énorme et très court", dira-t-il.
Avec l'appui de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre en 1950 au CNRS et fait partie du Centre d'études sociologiques dirigé par Georges Friedmann.
En 1955, il est l'un des quatre animateurs du Comité contre la guerre d'Algérie. Il défend, en particulier, Messali Hadj. Contrairement à Jean-Paul Sartre, André Breton, Guy Debord ou encore ses amis Marguerite Duras et Dionys Mascolo, il ne signe pas la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dite « Manifeste des 121 », publiée en septembre 1960 dans le journal Vérité-Liberté. Comme il pense que l'urgence est d'éviter l'installation de dictatures en France et en Algérie, il lance avec Claude Lefort, Maurice Merleau-Ponty et Roland Barthes un appel pour l'urgence de négociations.
En 1965, il conduit une étude transdisciplinaire, au sein d'une vaste recherche de la DGRST, mobilisant de multiples disciplines, sur une commune en Bretagne, publiée sous le nom de La Métamorphose de Plodémet (1967), sur la commune de Plozévet (Finistère) où il séjourne près d'un an. Ce fut un des premiers essais d’ethnologie dans la société française contemporaine.
Il s'intéresse très vite aux pratiques culturelles, qui sont encore émergentes et mal considérées par les intellectuels : L'Esprit du temps (1960), La Rumeur d'Orléans (1969). Il cofonde la revue Arguments en 1956. Il dirige le CECMAS (Centre d'études des communications de masse) de 1973 à 1989, qui publie des recherches sur la télévision, la chanson dans la revue Communications.
Durant les années 1960, il part près de deux ans en Amérique latine où il enseigne à la Faculté latino-américaine des Sciences sociales de Santiago du Chili. En 1969, il est invité à l'Institut Salk de San Diego. Il y retrouve Jacques Monod, l'auteur du Hasard et la Nécessité et conçoit les fondements de la pensée complexe et de ce qui deviendra sa Méthode.
Aujourd'hui directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen et en Amérique latine, et jusqu'en Chine, Corée, Japon. Il a créé et préside l’Association pour la pensée complexe (APC).
Morin a écrit plusieurs ouvrages revenant sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens en 1989, Itinérance en 2006 et Mon chemin en 2008.
Depuis 2012, il est marié à la sociologue Sabah Abouessalam6, avec qui il a rédigé le livre L'homme est faible devant la femme (Presses de la Renaissance, 2013).
Prises de position
Morin se déclare agnostique, se qualifiant «d’incroyant radical »7
Edgar Morin est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non-violence. Il apprécie, à cet égard, le bouddhisme qui est une religion sans dieu.
Il s'intéresse de plus en plus au processus de la mondialisation où « le vaisseau spatial terre est propulsé par trois moteurs couplés science/technique/économie, mais est dépourvu de pilote, ce qui prépare deux avenirs antagonistes, l'un de catastrophes (dégradation de la biosphère, multiplication des armes nucléaires, économie soumise à la spéculation financière, crise des civilisations traditionnelles et crise de la civilisation occidentale, multiplication des conflits et des fanatismes), l'autre de « transhumanisme » permettant de retarder la mort sans vieillir et de confier aux robots toutes les tâches ennuyeuses et pénibles. Mais cette dernière perspective d'homme augmenté, purement quantitative, ignore la nécessité d'un énorme progrès moral et intellectuel pour éviter les catastrophes et ne pas soumettre l'humanité à une algorithmisation qui la robotiserait »8.
Il participe à la création en mars 2012 du Collectif Roosevelt 2012 avec l'aide de Stéphane Hessel, Michel Rocard et de nombreux intellectuels et personnalités publiques de la société civile et politique. Ce collectif présente 15 propositions pour éviter un effondrement économique, élaborer une nouvelle société, lutter contre le chômage endémique et créer une Europe démocratique9.
En 2012, il soutient publiquement le chef Raoni dans son combat contre le barrage de Belo Monte. Il participe avec ce dernier et de nombreux autres intellectuels, juristes et politiques au lancement d'un Tribunal moral pour les crimes contre la nature et le futur de l'humanité10 lors de la Conférence « Rio+20 ».
Un documentaire lui est consacré en 2015, intitulé Edgar Morin, chronique d'un regard, coréalisé par Olivier Bohler et Céline Gailleurd.
Le 7 avril 2015, le nom d'Edgar Morin est donné au lycée d'excellence de Douai qui devient ainsi le lycée d'excellence Edgar-Morin.
Le 2 juillet 2015, il fait partie des premiers signataires, avec d'autres personnalités, d'une pétition demandant que la France accueille Edward Snowden et Julian Assange, à la suite de la lettre ouverte de ce dernier au président de la République François Hollande.
Prenant position sur le conflit israélo-palestinien, il considère que « les juifs d'Israël, descendants des victimes d'un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. [...] On a peine à imaginer qu'une nation de fugitifs, issue du peuple le plus persécuté de l'histoire de l'humanité […] soit capable de se transformer, en deux générations [...] à l'exception d'une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Le sociologue réfute toute recrudescence de l’antisémitisme, et selon lui, « ce terme est brandi pour fournir à Israël des justifications à sa politique »11.
Œuvre
« La pensée est le capital le plus précieux pour l'individu et la société. »12
La pensée qui relie
Edgar Morin utilise le terme de reliance pour indiquer le besoin de relier ce qui a été séparé, disjoint, morcelé, détaillé, compartimenté, classé, trié... en disciplines, écoles de pensée, etc.
Il aime aussi envisager les choses dans une combinaison de confrontation, complémentarité, concurrence, coopération, les quatre en étroite synergie dynamique.
Il prône l'attitude d'ouverture. Il aime à dire qu'il est animé par un certain "esprit de la vallée", en référence au Tao. L'esprit de la vallée recueille les "eaux" qui viennent de différents versants.
Il a avancé sept principes guides pour une pensée qui relie, principes qui sont complémentaires et interdépendants13.
Le principe systémique ou organisationnel. L'idée systémique est à l'opposé de l'idée réductionniste car « le tout est plus que la somme des parties ». Les émergences, qualités ou propriétés nouvelles apparaissent dans l'organisation d'un nouveau produit que les composants ne possédaient pas. « Le tout est moins que la somme des parties » également car certaines qualités des composants sont inhibées par l'organisation de l'ensemble.
Le principe hologrammatique. Chaque cellule est une partie d'un tout — l'organisme global —, mais le tout est lui-même dans la partie : la totalité du patrimoine génétique est présente dans chaque cellule individuelle ; la société est présente dans chaque individu-citoyen, en tant que tout, à travers son langage, sa culture, ses normes...
Le principe de boucle rétroactive. « L'effet agit sur la cause » referme le processus de causalité de linéarité ouverte « la cause agit sur l'effet ». Comme dans un système autonome de chauffage où le thermostat régule le fonctionnement. Comme l'homéostasie des organismes vivants.
Le principe de boucle récursive. C'est une boucle génératrice dans laquelle les produits et les effets sont eux-mêmes producteurs et causateurs de ce qui les produit. Chaque être vivant est produit et producteur dans le système de reproduction. Les individus produisent la société dans et par leurs interactions, et la société, en tant que tout émergeant, produit l'humanité des individus en leur apportant le langage et la culture14.
Le principe d'autonomie / dépendance (auto-éco-organisation).Les [choses] vivantes sont des [systèmes] auto-organisateurs qui sans cesse s'auto-produisent et par là-même dépensent de l'énergie pour entretenir leur autonomie et doivent donc puiser de l'énergie dans leur milieu, dont elles dépendent pour être autonomes.
Le principe dialogique. [Ce principe] unit deux notions devant s'exclure l'une l'autre, mais qui sont indissociables en une même réalité. La dialogique « ordre / désordre / organisation » dès la naissance de l'Univers. Les particules physiques comme une dialogique (onde et corpuscule). La dialogique (individu / société / espèce) présente en chaque être humain.
Le principe de réintroduction du connaissant dans toute connaissance. [Tout objet-machine, tout objet-processus inventés contient du « sujet » qui les a conçus]. De la perception à la théorie scientifique, toute connaissance est une reconstruction / traduction pour un esprit / cerveau dans une culture et un temps donnés.
« L'humanisme ne saurait plus être porteur de l'orgueilleuse volonté de dominer l'Univers. Il devient essentiellement celui de la solidarité entre humains, laquelle implique une relation ombilicale avec la nature et le cosmos. »
La pensée complexe
Article détaillé : Pensée complexe.
Edgar Morin confesse avoir trouvé ce mot dans la définition de la complexité issue de l'œuvre de W. Ross Ashby
Ce concept, dont la première formulation se trouve dans le livre Science avec conscience (1982)16, exprime une forme de pensée acceptant les imbrications de chaque domaine de la pensée et la transdisciplinarité. Le terme de complexité est pris au sens de son étymologie « complexus » qui signifie « ce qui est tissé ensemble » dans un enchevêtrement d'entrelacements (plexus).
Le Paradigme perdu
En septembre 1972, au Centre International d'études bioanthropologiques et d'anthropologie fondamentale (CIEBAF) devenu ensuite le Centre Royaumont pour une science de l'homme, Edgar Morin co-organise le colloque international "L'Unité de l'Homme", avec Jacques Monod et Massimo Piatelli-Palmarini. Sa communication, "Le Paradigme perdu : la nature humaine", transformée et enrichie, deviendra un livre qui paraitra l'année suivante. Il y est dit que nature et culture sont indissociables l'une de l'autre, chacune produisant l'autre dans une boucle récursive permanente. Ont été réunis des biologistes, anthropologues, sociologues, mathématiciens, cybernéticiens afin de faire se rapprocher (reliance) les points de vue, les oppositions et les options fondamentales des spécialités et de leurs épistémologies. Un ouvrage en trois tomes réunit les contributions des participants au colloque17 :
T1 : Le primate et l'homme,
T2 : Le cerveau humain,
T3 : Pour une anthropologie fondamentale.
La Méthode
La Méthode est l'œuvre majeure d'Edgar Morin. Comprenant six volumes au total (qui peuvent être lus dans le désordre), on pourrait la qualifier d'encyclopédie (qui met en cycle les savoirs) : la méthode y est déroulée de façon cyclique, pour ne pas dire répétitive, s'appliquant à de nombreuses notions dont certaines sont reprises ci-après.
Le premier tome, intitulé La Nature de la nature, où sont traités les concepts d'ordre et de désordre, de système, d'information, etc. du monde physique.
Le second, intitulé La Vie de la vie, aborde le vivant, la biologie.
Le troisième et le quatrième tomes pourraient être regroupés en un seul puisqu'ils abordent le thème de la connaissance.
Le troisième est intitulé La Connaissance de la connaissance. Il aborde la connaissance du point de vue anthropologique. Il y ouvre le chantier de l'épistémologie complexe.
Le quatrième tome de La Méthode, Les Idées, d'après les mots d'Edgar Morin, « pourrait aussi en être le premier ». En effet, « il constitue l'introduction la plus aisée à « la connaissance de la connaissance » et de façon inséparable au problème et à la nécessité d'une pensée complexe ». Il complète l'œuvre épistémologique du troisième tome en abordant la connaissance du point de vue collectif ou sociétal (« l'organisation des idées »), puis au niveau de la « vie des idées », qu'il appelle la noologie. Il traite en particulier dans un dernier chapitre des notions philosophiques de langage, de logique et de paradigme, auxquelles il applique sa méthode.
Dans une note de lecture18, Jean-Louis Le Moigne souligne l'importance du dernier chapitre de ce tome 4 qu'Edgar Morin consacre à « la Paradigmatologie » : « encore un néologisme nouveau, dira-t-on ? Sans doute, mais il me semble si fécond pour nous permettre d'entendre la richesse de l'univers pensable sans commencer par l'appauvrir en la simplifiant ». Jean-Louis Le Moigne cite pour conclure Edgar Morin : « Nous en sommes au préliminaire dans la constitution d'un paradigme de complexité lui-même nécessaire à la constitution d'une paradigmatologie. Il s'agit non de la tâche individuelle d'un penseur mais de l'œuvre historique d'une convergence de pensées. » Selon les mots de Morin, la paradigmatologie est « le niveau qui contrôle tous les discours qui se font sous son emprise et qui oblige les discours à obéir ».
Le cinquième tome (L'Humanité de l'humanité, L'Identité humaine) est consacré à la question de la trinité humaine : Individu - Société - Espèce.
La Méthode se termine par un sixième tome intitulé L'Éthique, qui envisage les incertitudes et les contradictions éthiques et prône une éthique de la compréhension.
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